SHOUT, la dernière initiative en santé mentale du quatuor royal

Illustration: Tony H.

Cet article a été traduit depuis l'anglais par Camille Fabre. Merci à elle !

 

Mise à jour du 13 septembre 2019: Ainsi que cela avait été annoncé, le Prince William a officiellement lancé une nouvelle campagne de prévention en partenariat avec l’Association Anglaise de Football (English Football Association). Dénommée Heads Up (voir l’article), ce qui constitue un jeu de mots entre deux significations en anglais, garder la tête haute et donner un coup de pouce, cette campagne sera déployée pendant la totalité de la saison. Une vidéo de 2 minutes (en anglais) en a marqué le coup d’envoi.

Si vous avez besoin d’aide ou si vous avez juste envie de discuter, vous pouvez désormais aussi envoyer “HeadsUp” au 85258 pour échanger avec un·e bénévole formé·e à répondre aux situations de crise en santé mentale (en anglais).

Fin de la mise à jour

 

 Heads Together (“Unissons nos efforts”) est une initiative lancée par le Prince William, sa femme Kate et le Prince Harry pour combattre la stigmatisation des troubles mentaux et apporter de réelles solutions aux problèmes de santé mentale. Depuis son lancement officiel en 2016, les membres de la famille royale ont enrichi Heads Together de plusieurs programmes destinés à améliorer la santé mentale de leurs sujets. Les trois membres de la famille royale, sans compter Meghan qui va sûrement s’impliquer rapidement aussi, ont choisi un public cible sur lequel concentrer leurs efforts. Faisant lui-même partie de la moitié de la population qui se trouve particulièrement concernée par le risque suicidaire, le Prince William se focalise sur un public jeune et masculin ; Kate s’occupe de la santé mentale des enfants, malheureusement trop souvent mise de côté ; alors que le Prince Harry, en sa qualité de chef militaire, s’est donné pour but de soutenir les militaires en exercice et les vétérans qui souffrent de problèmes de santé mentale.

SHOUT est la plus récente (mais sûrement pas la dernière) des nombreuses initiatives menées par Heads Together. Alors à quoi ressemblent ces programmes, justement ?

SHOUT, la messagerie de crise du Royaume-Uni

SHOUT est une messagerie gratuite, que l'on peut utiliser 24h/24 et 7j/7 en cas de crise de santé mentale. Elle a été créée sur le modèle de sa cousine américaine la messagerie Crisis Text Line, un service qui s’est avéré si efficace que le Canada voisin l’a également mis en place.

C’est très facile d’utilisation: il suffit d’envoyer “Shout” au 85258 -- même s'il faut bien entendu se trouver au Royaume-Uni pour que cela fonctionne. Vous initierez ainsi une conversation avec un·e conseiller·e formé·e, qui vous accompagnera jusqu’à ce que vous vous sentiez mieux et que vous sortiez de cet état de crise. SHOUT vous redirigera également vers des services locaux de santé mentale. Le service est totalement gratuit : son numéro n’apparaîtra même pas sur votre facture téléphonique.

De même qu'être capable d’en parler, nous devons être plus nombreu·x·ses à être capable d'écouter, et c’est pourquoi des services tels que SHOUT sont si importants.

Prince William, duc de Cambridge

Les chiffres sont déjà plutôt bons: d’après un post Instagram sur le compte officiel du Prince Harry et de Meghan, en seulement un an d’essai, 1000 bénévoles ont été recrutés et formés, avec l’ambition d'en avoir 3000 de plus d’ici fin 2019. Pendant ce laps de temps, ces bénévoles ont aidé jusqu’à 60 000 personnes.

Le but ici n’est en fait pas de ramener ce chiffre à zéro : ne plus avoir personne qui souffre de détresse mentale serait non seulement impossible, mais également non souhaitable. Idéalement, il s’agirait plutôt de n’avoir personne se trouvant dans une détresse si profonde qu’il/elle ait des idées suicidaires, ou que cela interfère avec son quotidien. Ça arrive d’avoir une période à vide dans la vie, mais le tout est de s’assurer qu’il y ait quelqu’un (formé·e) de disponible pour en parler et pour aider la personne à traverser cette mauvaise passe. C’est exactement ce pour quoi SHOUT, et Heads Together plus largement, ont été créés : pour normaliser le dialogue autour des problèmes de santé mentale, pour incorporer dans toute éducation des outils sains à utiliser en cas de difficultés psychologiques, et pour offrir une réponse appropriée lorsque quelqu'un traverse une crise de santé mentale.

Mental Health Innovations

Parmi tous les autres programmes lancés par les quatre membres de la famille royale pour traiter de la santé mentale, SHOUT occupe une place spéciale. C’est le premier-né de Mental Health Innovations ("Innovations en Santé Mentale"), une start-up créée par la Fondation Royale en 2017 et spécifiquement destinée à trouver des solutions digitales aux problèmes de santé mentale. En effet, c’est une chose d’amener les gens à parler de challenges de santé mentale, de maladies mentales et de mal-être, mais ce ne sera jamais suffisant si le soutien adéquat et des solutions concrètes ne sont pas mis·es en place.

Mental Health Innovations, à l’instar de tous les autres projets de santé mentale menés par notre famille royale préférée, est financée par la Fondation Royale du Duc et de la Duchesse de Cambridge et du Duc et de la Duchesse du Sussex (la prochaine fois, je dirai juste Fondation royale, j’espère que vous ne m’en voudrez pas). £2 millions ont été alloués à la start-up lors de son lancement. J'oserai d'ailleurs affirmer que SHOUT me paraît un excellent premier projet !

 

Armed Forces Community

La question de la santé mentale dans l’armée (ainsi que chez les vétérans) est d’une importance capitale, et c'est un fait généralement admis par la majorité de l’opinion publique. Les deux princes, ayant eux-mêmes été plusieurs années au service de l’armée britannique, ont donc toutes les raisons de vouloir prendre le problème à bras-le-corps. C’est exactement ce qu’ils ont fait en octobre 2017 en signant une convention avec le Ministère de la Défense britannique.

Il ne s'agit pas juste de savoir quoi faire lorsqu'un·e de nos ami·es n’est plus lui/elle-même. Il s'agit de la manière dont nous nous entraidons pour rester en forme mentalement et émotionnellement. [...] Il s’agit de donner à chaque personne dans le domaine de la Défense les outils et les informations qui l'aideront à se prémunir de certains problèmes avant même leur apparition.

Prince Harry, Duc du Sussex

Afin d’appuyer ses propos et de décrire l’esprit de la convention, le Prince Harry a utilisé un terme particulièrement bien choisi lors de son discours d’inauguration du partenariat: la “forme psychologique” (mental fitness). Ce terme sert à rappeler que les problèmes de santé mentale chez les soldats ne se limitent pas au Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT ou PTSD en anglais), à l’anxiété ou à la dépression, car sinon il faudrait arrêter de partir en guerre, mais incluent également et surtout la stigmatisation.

La convention contient un large panel de mesures et sert à renforcer et à venir compléter la stratégie existante du Ministère de la Défense Britannique appelée “Stratégie de Santé Mentale et de Bien-Être 2017-2022”. Les principales mesures consistent à mettre à disposition des ressources et des conseils (tels que des comptes-rendus annuels sur la question, des sites internet dédiés, le soutien de spécialistes etc.) afin de mieux former les équipes et d’incorporer la santé mentale dans l’élaboration des programmes d’entraînement et des processus d’instruction. La convention sert aussi à favoriser le partage de bonnes pratiques afin de standardiser les évaluations de santé mentale et de bien-être ainsi que de mettre l’accent sur un apprentissage et un entraînement qui incluent ces problématiques et qui en font une priorité.

 

Les Invictus Games (lien en anglais), une initiative du Prince Harry qui s’est déroulée pour la première fois en 2014, sont une autre façon plutôt habile d’aider les vétérans à combattre leurs problèmes de santé mentale. Ces derniers peuvent notamment survenir après que les soldats ont été renvoyés chez eux suite à une blessure, une invalidité de longue durée, ou bien suite au déclenchement d’un SSPT (Syndrome de Stress Post-Traumatique) après avoir été en poste en zone de guerre.

Ces Jeux ont mis en lumière le caractère déterminé de ces hommes et de ces femmes, de leur familles, ainsi que leur invincibilité (“Invictus”).

Prince Harry, Duc du Sussex, site web des Invictus Games

Les prochains Invictus Games auront lieu en 2020 à La Haye, aux Pays-Bas, du 9 au 26 mai. Si vous souhaitez y assister ou y être bénévole, vous pouvez vous renseigner sur le site officiel de l’événement (site en anglais).

 

Mentally Healthy Schools

Ici, c’est la Duchesse de Cambridge qui prend le relais. En tant que maman, elle était déjà concernée et intéressée par le sujet, mais elle a vraiment poussé son dévouement au niveau supérieur. Dans une salle de classe au Royaume-Uni, en moyenne 3 enfants sur 30 (étude en anglais) ont des difficultés dues à des problèmes de santé mentale. Entre les délais pour un traitement de maladie mentale qui peuvent facilement atteindre 10 ans (article en anglais), et des enseignants qui font face à des classes surpeuplées et des programmes scolaires sous-financés, le besoin est on ne peut plus urgent.

Le site de l’association “Mentally Healthy Schools” (Des Écoles en Bonne Santé Psychologique”, site en anglais) regorge de ressources de confiance, la plupart gratuites, et très bien organisées afin de ne pas submerger encore plus les enseignants pleins de bonne volonté mais déjà sous l’eau.

Bien que le site s’adresse principalement aux enseignants d’école primaire, une bonne partie des ressources disponibles peut tout aussi bien s’appliquer à d’autres enfants aussi, surtout lorsque qu’il s’agit de sensibiliser les enfants aux problèmes de santé mentale. De plus, on y trouve des recommandations pour venir en aide aux enfants ayant besoin d’un diagnostic professionnel ou d’un traitement, et les contacts des services compétents en la matière. Rien que pour ça, tous les enseignants peuvent y trouver une aide précieuse s’ils se trouvent confrontés à des problèmes de santé mentale dans leur classe.

L'idée n’est cependant pas de transférer la responsabilité ou la charge de travail des professionnel·le·s de la santé mentale sur les enseignant·e·s, il s’agit plutôt de donner à ces dernier·e·s des clés afin qu'ils et elles ne se sentent pas complètement démuni·e·s et seul·e·s face à une difficulté ; le but étant d’améliorer la santé mentale des élèves au quotidien.

L’objectif est de sensibiliser toutes les équipes pédagogiques à l'importance de la santé mentale, d’améliorer leurs connaissances en la matière, et de favoriser une meilleure confiance en elles quant à la capacité de promouvoir une meilleure santé mentale pour tou·te·s les élèves, ainsi que de réussir à apporter un soutien aux élèves touché·e·s par des soucis de santé mentale plus sévères.

Kate, Duchesse de Cambridge, sur le site web Mentally Healthy Schools

Mentally Healthy Schools a vraiment fait bouger les choses dans les salles de classe, et il était temps : les enseignant·e·s seront désormais autant équipé·e·s pour faire face aux problèmes de santé mentale qu'ils et elles le sont pour faire face aux problèmes de santé physiologique. Et c’est tout ce qu’on demande.

 

La santé mentale au travail

L’influence négative des troubles psychiques sur la productivité des employé·e·s n’est plus à prouver. Quand la compassion et l’empathie ne suffisent pas à motiver les employeurs à faire attention à la santé mentale de leurs salarié·e·s au bureau, on peut leur rappeler que les conséquences financières de la perte de productivité des employé·e·s est un autre argument qui peut faire pencher la balance : un total de 35£ milliards de pertes par an pour les entreprises britanniques n’est pas un montant à prendre à la légère.

Les données d’une enquête menée par Heads Together ont montré que seulement 2% des gens se sentaient à l’aise avec leur responsable [RH] pour parler de leurs problèmes de santé mentale.

Prince William, Duc de Cambridge

Alors comment les entreprises doivent-elles s'attaquer au problème ? Eh bien, sur le portail en ligne de Mental Health at Work (“Santé Mentale au Travail”, site en anglais), vous trouverez toutes les réponses à cette question. À ce jour, le site recense 230 ressources disponibles gratuitement, qui couvrent tous les cas de figures qu’une entreprise peut rencontrer et répondent à toutes les questions pratiques que les employeurs peuvent se poser sur comment entretenir la bonne santé mentale de leurs employés. Il n’y a même pas besoin de s’inscrire!

En plus, le site dispose également de ressources dédiées aux auto-entrepreneur·e·s, tel·le·s que votre humble servante. Que demande le peuple ?!

 

Soutien à la santé mentale des mères

Cette initiative est la dernière-née (vous noterez le jeu de mot subtil) de la Duchesse de Cambridge, et constitue la suite logique de Mentally Healthy Schools. Suite à un rapport du Centre de la Santé Mentale soulignant que la plupart des problèmes de santé mentale commencent (et peuvent donc être traités) à un jeune âge, Kate a décidé de faire de la question une priorité.

De nombreux aprioris persistent autour de la santé mentale des femmes enceintes et des mères, qu'il s'agisse de leur premier enfant ou non. La grossesse et la maternité sont encore vues et véhiculées dans l’opinion publique comme étant uniquement des moments de joie et de bonheur incommensurable, et toute mère souffrant de dépression post-partum ou même simplement de détresse psychologique est traitée, au mieux, d'ingrate.

Mais construire une société où les adultes sont heureu·x·ses, indépendant·e·s et impliqué·e·s signifie qu'il nous faut élever des enfants heureu·x·ses, sensibilisé·e·s et ouvert·e·s d’esprit. Et pour cela, il faut s’occuper des mères, surtout celles qui peuvent se sentir en détresse psychologique au sujet de leur maternité. Logique, non? Bon, on y est clairement pas, mais des initiatives telles que Supporting Maternal Mental Health (“Soutien à la Santé Mentale des Mères”) devraient bientôt voir le jour (article en anglais).

 

Heads Up

Ce projet a été lancé en août 2019, et constitue, en gros, un coup franc pour marquer des points auprès de l’opinion publique. C’est aussi une autre opportunité d’éduquer les gens à l’importance d’une bonne santé mentale, mais cette fois-ci le focus est mis sur les hommes, qui ont tendance à éviter de parler de leurs émotions et sont particulièrement touchés par la stigmatisation autour des maladies mentales.

Le sport est en général un environnement sans merci lorsqu’il s’agit de maladie mentale, car ceux et celles qui en souffrent sont traité·e·s de faibles, comme s'il leur manquait la volonté nécessaire pour s’en sortir. Le football est un sport particulièrement empreint de stéréotypes, profondément ancrés dans la culture du jeu. Mettre un tacle au jeu le plus joué au monde n’est pas chose aisée, mais c’est sans aucun doute le meilleur endroit où débuter.

Nous sommes ici aujourd’hui pour faire un grand pas vers la fin de ce silence. Nous allons utiliser une des forces les plus puissantes de notre société, celle qui nous unit - le football - afin de démarrer le plus grand dialogue sur la santé mentale.

Prince William, Duc de Cambridge

Les personnes souffrant de maladies mentales peuvent également trouver force et réconfort dans les sports d’équipe, donc si la campagne Heads Up a l’effet escompté, les choses pourraient changer pour des millions de personnes. Une fois de plus, la phrase “stronger together” (l’union fait la force) pourrait être la plus belle façon de résumer ça.

 

 

Aller plus loin

 

  • Vous voulez savoir comment l’idée de Heads Up a germé dans l’esprit des membres de la famille royale? Regardez la vidéo ici (en anglais)

 

  • Vous avez besoin d’histoires réconfortantes pour vous rappeler que tout est sur la bonne voie? Vous pouvez regarder cette série de témoignages sur le site de la Fondation Royale (en anglais)

 

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