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Pas de répit pour les usager·ères de drogues

Illustration: Tony H.

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Etat des lieuxActions publiques et privéesLe regard de la population civileEt ailleurs...

Etat des lieux

La France est l'un des pays d'Europe les plus touchés par l'usage de substances psychoactives. Les consommateur·trices de drogues sont souvent associé·es à une population marginale, instable, rebelle et junkie. Cela est dû au fait que ceux et celles qui ont recours aux structures de soins publiques sont des personnes en situation de précarité ou en réinsertion sociale. Il est clairement visible qu'il existe une pluralité de profils mais que la jeunesse en quête de sensations et les individus souffrants d'addiction sont ceux qui subissent le plus les méfaits de ce fléau social.

 

Actions publiques et privées

Pour enrayer ce phénomène, les politiques de santé publique françaises comme européennes ont fait de la toxicomanie leur cheval de bataille. Ces individus ne sont plus perçus comme des délinquants mais de réelles victimes que de nombreux organismes et associations tels que ADDICT'AIDE ou SAFE tentent de secourir à travers l'échange, la présence bienveillante, la sensibilisation, le soutien, l'écoute et l'accompagnement. Leurs objectifs sont de réunir dans une dynamique commune les professionnel·les de soin et les familles pour aider les malades à trouver des solutions durables à leurs troubles addictifs.

Cette problématique sanitaire hautement présente chez les 18-25 ans nécessite une prise en charge sociale, médicale et psychologique, une pluridisciplinarité que propose ce type de structure.

 

Parallèlement, les instances pénales sanctionnent de plus en plus. En effet, le nombre d'interpellations et condamnations pour détention et consommation illicites ont augmenté. L'Etat Français déjà très répressif, envisage dès la rentrée d'instaurer une nouvelle amende forfaitaire de 200 euros pour toute personne majeure en possession de drogues ou surprise en train de consommer dans les lieux publics.

 

L'objectif de cette forfaitisation est double :

  • Alléger les procédures policières
  • Agir sur la demande pour lutter contre le trafic

 

Cette mesure est vivement critiquée au sein du gouvernement et jugée contre-productive. Selon le premier ministre Jean Castex, il serait préférable d'agir en collaboration avec les instances éducatives, préventives et sanitaires que d'infliger davantage de sanctions qui jusqu'alors, n'ont pas permis de démanteler les réseaux. De plus, plus de la moitié des amendes déjà délivrées ne sont toujours pas payées, faute de moyens des concerné·es.

 

Quant à l'avenir des interpellé·es, à cause de l'amende mentionnée sur leur casier judiciaire et le risque d'un an d'emprisonnement, tous leurs efforts d'intégration professionnelle et sociale n'en seront que plus compliqués. De plus, cela ne respecte pas la charte européenne des Droits de l'Homme (CEDH). En effet, l'article 8 de cette juridiction veille à la protection de la vie privée et familiale. La divulgation des données et l'accessibilité au registre des peines de la personne concernée peuvent impacter sa recherche d'emploi et donc son insertion. Cet aspect génère encore de nombreux débats car au regard de la législation française, tout employeur est en droit d'avoir regard sur le passé pénal de l'un·e de ses futur·e·s salarié·e·s en demandant accès au casier judiciaire numéro 2, casier dans lequel sont mentionnées les condamnations et contraventions.

 

La stigmatisation et le rejet que subissent les personnes touchées par les addictions seront donc le prix à payer en plus du procès verbal.

 

Le regard de la population civile

Au sein de la population civile, Yann Bisiou, juriste spécialiste de la toxicomanie et professeur de droit juge cette manière punitive de lutter contre le trafic inadaptée.

"Hypocrisie et non sens"

Yann Bisiou, France Bleu Hérault

Il met en garde sur le fait que cette énième sanction ne fera que diminuer l'accès aux soins. Selon lui, le caractère systématique et massif de l'amende ne ferait que couper davantage le dialogue nécessaire et indispensable pour faire adhérer les personnes aux parcours d'aide et de prévention.

"C'est un permis de fumer moyennant une amende à payer de 200 euros"

Yann Bisiou, France Bleu Hérault

De plus, il indique qu'il est erroné de penser que cela permettrait de désorganiser le trafic puisque les consommateur·trices auront recours à d'autres voies pour la prise de contacts ou la livraison telles que les réseaux sociaux et/ou directement à domicile.

"Ce n'est absolument pas une politique de santé publique"

Yann Bisiou, France Bleu Hérault

Pour terminer, cette mesure ne fera que déplacer le problème sur le dos des magistrats et des agent·e·s chargé·e·s de la surveillance du trafic sur les réseaux sociaux.

 

Interview menée par Elena Louazon Lundi 27 Juillet 2020 audible sur France Bleu : https://www.francebleu.fr/infos/societe/amende-forfaitaire-pour-les-usagers-de-drogue-ce-n-est-pas-une-politique-de-sante-publique-1595757478 

 

Et ailleurs...

De nombreux pays tels que le Canada, l'Uruguay ou l'Espagne font de la dépénalisation leur arme de poing. Ils vont même jusqu'à légaliser la vente et la consommation afin de prendre à contre-pied les marchés noirs et d'accéder plus facilement aux consommateur·trices. Cela permet d'apporter une aide et d'ouvrir un dialogue constructif. De plus, la sécurité sanitaire est davantage encadrée aussi bien dans les actes d'injections que dans le contrôle de la composition des produits de consommation.

 

Il est heureux de constater que ces stratégies d'ouverture montrent des résultats positifs surtout chez les jeunes. Il serait judicieux que les politiques françaises orientent leurs choix vers des solutions priorisant la santé plutôt que financières beaucoup trop ponctuelles et inefficaces.

 

 

 

 

 

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