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Parents : comment favoriser une bonne santé mentale chez vos adolescent·e·s

Illustration: Julie K.

A mi-chemin entre l'adulte et l'enfant, nos jeunes doivent jongler avec les changements corporels et mentaux ainsi que les désirs d'émancipation et d'indépendance. Leur vie rythmée par les études, les potes et la vie de famille sur fond d'émotions à fleur de peau peut faire naître quelques difficultés. D'autant plus en cette période de confinement, l'adolescent·e se retrouve un peu plus privé·e de libertés. Il doit vous être compliqué de gérer les priorités, les besoins du petit dernier et les sautes d'humeur des aînés. Quoiqu'il en soit, peu importe la période, le but reste le même : préserver une atmosphère favorable au respect, à l'expression et à l'épanouissement de chacun·e.

Dans cet article, nous allons voir comment les aider à se définir.

 

Un cadre à ajuster

Certaines règles telles que l'heure du coucher, le check des corvées et les résultats scolaires restent sous votre contrôle parental. Tout en misant sur le dialogue et la compassion, conservez-les car elles permettent à votre adolescent·e de se construire pour devenir un·e adulte autonome et équilibré·e. Il n'est pas trop autoritaire que de conserver votre droit de regard sur ces aspects.

Le ou la jeune adulte est récompensé·e par davantage de liberté à condition d'avoir intériorisé les règles de base.

Bien évidemment son espace vital, ses sorties et les temps passés devant les écrans seront de plus en plus importants en fonction de son âge, de son comportement, de son degré de maturité et de la confiance que vous lui accordez.

 

Se construire maille par maille

Pour que votre adolescent·e se sente à sa place, respectez ses particularités. Comme des petites mailles, il ou elle tricote sa nouvelle identité sans patron. L'organisation de sa chambre, son style vestimentaire, ses fréquentations, son vocabulaire...

Alors soyez relax avec son mode de vie car ses préférences sont souvent changeantes. Peut-être que son lit n'est pas toujours fait, que ses affaires traînent dans les quatres coins de sa piaule, qu'il ou elle se confine un peu trop à votre goût mais tout ceci fait partie de sa manière d'apprendre à se connaître.

Par le dialogue, créez une nouvelle relation sans chercher à forcer.

Pour entretenir une complicité, misez sur ce qui le ou la valorise :

  • Parent : " Excuse-moi de te déranger, j'ai besoin de toi. Il n'y a rien à la télé ce soir, peux-tu me conseiller ?"
  • Adolescent·e : " Je ne regarde pas la télé, je préfère regarder des vidéos en streaming."
  • Parent : " C'est une bonne idée ! Que me proposes-tu ? Qu'aimes-tu regarder ? Peut-être ton film préféré ? "
  • Adolescent·e : " Celui-là, je l'adore !"
  • Parent : " Pourquoi l'aimes-tu ? Dis-m'en davantage..."

 

À travers ce petit échange, vous avez initié le dialogue. Si vous voyez que c'est possible, installez-vous sur son lit et prenez le temps de papoter sur des sujets plus profonds.

À la suite de votre petite séance de cinéma, vous pourrez lui donner vos impressions, cela ne fera qu'un sujet de plus à partager. Peut-être même qu'il ou elle voudra le regarder avec vous. Si par exemple, c'est un film sur une bande d'ami·es· parti·e·s en vacances à l'étranger, vous pourrez en profiter pour le ou la questionner sur ses amitiés et pourquoi pas ses amours si le sujet ne le ou la met pas mal à l'aise.

 

Vous pouvez réutiliser cette technique dans n'importe quel domaine que ce soit : maquillage, jeux vidéos, recettes de cuisine, shopping...

Lui demander des conseils sur ce qui le ou la touche de près dans le but de le ou la mettre en avant lui permet de se sentir important·e.

Montrez-vous curieux·se et désireux·se de faire partie de son environnement pour qu'il ou elle vienne vers vous lorsqu' il ou elle en ressentira le besoin ou l'envie.

 

Le boomerang

Les pensées négatives sont courantes. Assommé·e de normes idéalistes dans les médias et les réseaux sociaux, sa quête de perfection le ou la pousse à la comparaison.

Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?

La technique du boomerang le ou la pousse à penser par lui ou elle-même. Face à ses questions existentielles, vous ne pouvez pas apporter de réelles réponses car elles sont en lui ou elle. Votre rôle est tout simplement d'être une oreille attentive donc pas de pression.

 

  • Adolescent·e : "Je suis nul·le."
  • Parent : " Pourquoi penses-tu cela ?"
  • Adolescent·e : "Je ne suis pas intéressant·e."
  • Parent :" Crois-tu que tes ami·e·s pensent la même chose ? En quoi aiment-ils et elles passer du temps avec toi ? Que leur apportes-tu ? Qu'as-tu qu'ils et elles n'ont pas ? Quel aspect de ta personnalité voudrais-tu développer et comment pourrais-tu t'y prendre ?"

 

Avec le dialogue miroir, vous allez initier la pensée positive et donc l'aider à aller puiser dans ses propres ressources et lui faire prendre conscience de ses points forts. Il vous suffit de reformuler une question à partir de son problème. Comme ça, vous n'imposez rien et vous ne faites pas d'erreurs. L'objectif est d'améliorer le regard qu'il ou elle porte sur lui ou elle-même. Vous pouvez même être une source d'inspiration. Vous pouvez mettre en avant ses propres facultés par rapport aux vôtres au même âge.

 

Pour terminer, un dernier outil indispensable pour se définir.

 

L'ikigai

Ses angoisses face à son orientation professionnelle, son utilité et ses qualités viennent parasiter son bien-être. L'objectif est de lever les doutes face à l'inconnu pour faciliter son cheminement. Cette technique de développement personnel lui permet de trouver sa raison d'être. Sous forme de rosace, l'ikigai se décompose en plusieurs parties qui viennent se superposer donnant une vue d'ensemble de la personnalité :

  • Ses passions, ce qu'il ou elle aime : lire, dessiner, organiser, conseiller, apprendre une autre langue, les animaux, les sciences...
  • Sa mission, ce dont le monde a besoin : entraide, communication, spiritualité, santé...
  • Sa profession, ses compétences issues de ses études et d'autres formations : collaborer, mémoriser, transmettre, guider, créer, analyser, les sciences, la littérature, le domaine informatique...
  • Ses talents, ce pour quoi il ou elle est doué·e : se challenger, sa curiosité, sa force d'apprentissage, son perfectionnisme, sa rigueur, ses idées, son impulsivité...
  •  

Chaque item se chevauche et au final révèle ses domaines de prédilection qui pourront être employés et développés. Du coup, ça devient plus facile de faire des choix à court, moyen et long terme.

     

Petite mise en situation : Si votre adolescent·e estime manquer de personnalité, démarrez la réflexion autour de ses talents par rapport à ce dont le monde a besoin. Après ce petit travail d'introspection, il ou elle prendra conscience qu'il ou elle n'est pas si vide que ça. En s'appuyant sur ses compétences, il ou elle pourra se lancer dans un projet professionnel ou personnel, et d'une idée, passer plus sereinement à l'action. Il ou elle sera fièr·e de cultiver ses différences, ses richesses et d'être son propre modèle.

Un·e parent n'est pas quelqu'un qui sait mais quelqu'un qui accompagne

Quoi qu'il en soit, les maîtres-mots sont la valorisation et l'écoute. Votre adolescent·e est unique mais il ou elle ne le sait pas encore. C'est simplement à travers votre patience et vos échanges qu'il ou elle parviendra à se définir sereinement.

 

Le mot de notre psychologue, Line Mourey

Comment reconnaître un·e ado qui va mal ?

 

Voici quelques repères pour reconnaître les signaux de mal-être chez un·e adolescent·e. Il s'agit "d'indices" qui ne doivent pas être confondus avec le développement normal d'un·e ado et qui doivent vous alerter s'ils sont inhabituels et durables.

 

La perturbation du sommeil

Un·e ado en pleine construction a besoin d'une grande quantité de sommeil et il est donc tout à fait normal qu'il ou elle dorme plus que quand il ou elle était plus jeune. Cependant, si vous remarquez que votre ado dort beaucoup plus que d'habitude (fuite dans le sommeil) ou beaucoup moins (réveils nocturnes, difficultés d'endormissement, réveil précoce), c'est peut-être le signe que quelque chose le ou la perturbe.

 

La perturbation de l'alimentation

Comme pour le sommeil, la perturbation de l'appétit nous donne un indice de bien-être. Bien qu'il soit normal qu'un·e ado mange plus qu'un enfant, si vous remarquez une perte significative de son appétit avec perte de poids ou au contraire des compulsions alimentaires avec prise de poids, son moral est à questionner.

 

Le décrochage scolaire

Votre ado passe 8h par jour à l'école et ce, hors de votre vue. C'est un lieu d'apprentissage et de sociabilisation (intégration dans des groupes de pairs, relation amicale, sentimentale). Si vous remarquez que votre ado a un taux d'absentéisme important, qu'il ou elle se réfugie fréquemment à l'infirmerie (plaintes somatiques à répétition) ou que ses notes sont en chute libre, ouvrez le dialogue pour savoir ce qu'il se passe pour lui ou elle là-bas. En effet, l'école est un espace d'apprentissage social et scolaire mais peut parfois s'avérer être un lieu anxiogène (harcèlement, anxiété de performance, angoisse de séparation, anxiété sociale).

 

Le repli social

L'adolescence est caractérisée par le fait que l'ado va progressivement investir des groupes de pairs et ce, en dehors du cercle familial. Une distance va petit à petit s'installer avec les parents, votre ado sera donc plus cachotier·e, plus secret·e voire dans l'opposition avec vous et c'est normal. Cependant, si vous remarquez une irritabilité constante ainsi qu'un désinvestissement durable de la sphère amicale (solitude quotidienne) et familiale (refus de toute activité familiale, dialogue impossible), cela peut être le signe d'une difficulté.

 

Les conduites à risques

Première bière, première clope, première relation sexuelle, premier scooter, l'adolescence est marquée par les prises de risque et les « premières fois ». Votre ado grandit, expérimente, fait des erreurs et rectifie. Il ou elle apprend pour devenir un·e adulte autonome. Cependant, les expérimentations ne doivent pas devenir des conduites à risque pour autant ! Ainsi, si vous remarquez une prise de consommation fréquente (drogue au sens large), une conduite dangereuse (non port du casque), des rapports sexuels à risques (non protégés, avec des personnes beaucoup plus âgées), des actes d'auto-mutilations (tentative de suicide, scarifications, blessures), il est nécessaire de réagir et de ne pas les banaliser.

Taking care of your mental health despite being hyper-connected
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