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Comment prendre soin de sa santé mentale malgré l'hyperconnexion ?

Illustration: Julie K.

Cet article a été rédigé par Faustine M., mille merci à elle !

 

Enfant, j’étais déjà stressée par les « notifications » de mon Tamagotchi, qui me réclamait à manger et se permettait de tomber malade dans mon dos, me demandant une attention constante. J’avais donc très tôt exercé mon "droit à la déconnexion" en éteignant ce petit monstre. Aujourd’hui, je suis le genre de fille reloue qui demande à mes ami·e·s de me faire des résumés des conversations de groupe Messenger ou Whatsapp, et qui les gronde quand ils et elles me sollicitent sans arrêt par messages sur des sujets que je ne considère pas urgents.

 

L’hyperconnexion, c’est quoi ?

Pourtant, cette fatigue, je ne suis pas la seule à la ressentir, et elle s’explique par des concepts tels que l’ "hyperconnexion" ou encore l’ "infobésité".

L’hyperconnexion, malgré le succès médiatique du terme, n’a toujours pas reçu de définition officielle de la part des institutions de santé, mais pourrait se définir comme le fait d’être tout le temps très connecté·e, n’importe où, à cause de l’omniprésence des écrans : ordinateurs, tablettes, smartphones…

 

Terme officiel ou pas, je me sens hyperconnectée, et je considère que mon entourage l’est aussi. Rien que l’utilisation de mon smartphone me prend entre deux heures et demie et trois heures et demie par jour, selon un outil permettant de mesurer le temps que je passe sur chaque application. Et c’est pareil pour mes ami·e·s : il n’est pas rare que je leur demande de poser leur téléphone portable quand je leur parle, alors je n’ose pas imaginer leur temps d’écran pour certain·e·s !

 

Selon un sondage BVA pour la Fondation April d’avril 2019, le temps moyen d’écran de la population française est de 4h30, et 73% des Français déclarent être dépendants de leur smartphone. Toujours selon l’étude, 33% considèrent qu’Internet occupe une place trop importante dans leur vie quotidienne, un score bien supérieur à celui de 2018 (22%).

Cette connectivité exacerbée s’explique par un système de récompense dans lequel intervient la dopamine, un neurotransmetteur qui est libéré à chaque connexion à Internet, lecture de notification ou prise en main de smartphone. Lorsque ce système de récompense est déréglé, il s’agit de dépendance.

 

L’hyperconnexion est aggravée par le monde du travail. Utilisation permanente d’écrans, mails polluants, sollicitations professionnelles pendant et en dehors du temps professionnel… Et ce, parce que la logique de compétitivité de l’entreprise implique de "répondre aux sollicitations en temps réel", selon la sociologue Nicole Aubert, auteure du Culte de l’urgence et interrogée par Le Figaro Santé.

L’hyperconnexion est liée à l' "infobésité", c’est-à-dire une surcharge informationnelle étouffante, voire paralysante. Par le mécanisme des notifications et de "sérendipité", c’est-à-dire le fait d’être amené au hasard sur des nouvelles pages en cliquant de lien en lien, nous n’avons plus à chercher l’information. C’est celle-ci qui s’impose à nous. Il est alors difficile de traiter le flux trop important d’informations sans subir de conséquences nocives du point de vue de notre santé mentale : stress, fatigue, voire isolement social.

 

Les liens entre hyperconnexion et santé mentale

Plusieurs études ont démontré le lien négatif entre hyperconnexion et santé mentale. Une étude d’août 2019 sur un groupe de jeunes adultes montre que la dépendance au smartphone a pour conséquence une augmentation des risques de solitude et de dépression. Une autre étude de 2017 prouve que les adolescent·e·s en dépression ont une relation nocive avec les réseaux sociaux, leur estime de soi déjà fragile se trouvant d’autant plus abîmée par une comparaison dépréciative d’eux et elles-mêmes aux autres.

En plus de ces conséquences directes sur la santé mentale, l’hyperconnexion agit sur des facteurs qui y sont liés. Elle dégrade en effet le sommeil, modifie notre alimentation en augmentant les quantités ingérées, et favorise la sédentarité, selon un rapport de l’Académie des sciences, l’Académie nationale de médecine et l’Académie des technologies publié en avril 2019.

 

Hyperconnexion et santé mentale : des conseils pour les allier !

Selon le Docteur David Greenfield, fondateur et directeur médical du Centre for Internet and Technology Addiction interrogé par Vice, une bonne première étape est de prendre conscience des conséquences négatives que peut avoir l’hyperconnexion. Ensuite, de reconnaître que se séparer physiquement de son téléphone peut contribuer à se rééquilibrer.

Voici une liste de conseils pratiques pour se servir des outils connectés tout en prenant soin de sa santé mentale :

 

  • Utiliser des outils pour mieux gérer et limiter sa consommation d’Internet et de son smartphone. Le Monde fait une liste d’applications qui permettent de "reprendre le contrôle de son téléphone". Sur smartphone, Android et IOS proposent les outils Offtime et Temps d’écran permettant de voir combien de temps nous passons sur les différentes applications. Très utile pour faire un premier diagnostic de la situation avant de pouvoir s’attaquer au problème ! Ils permettent aussi de se déconnecter de manière personnalisée, en bloquant l’accès à certaines applications ou en filtrant les appels entrants. Pour aller plus loin, on peut bloquer son téléphone pendant un temps donné grâce à l’application Flipd, qui envoie des messages automatiques aux personnes qui tentent de nous joindre. Sur ordinateur, Rescue Time est un programme qui enregistre le temps passé sur les différentes activités.

 

  • Désactiver manuellement un maximum de notifications, ses alertes email et organiser des plages horaires pour les consulter. Par exemple : seulement pendant le travail, ou uniquement le matin en arrivant au bureau et l’après-midi juste avant de partir.

 

  • Filtrer l’information, par exemple en s’abonnant à des sources d’information fiables et en utilisant des agrégateurs de flux RSS tels que Feedly ou Tweetdeck sur Twitter. Ils permettent de classer et d’organiser l’information sur les réseaux sociaux.

 

  • Interdire toute présence d’écran avant d’aller se coucher et pendant les repas.

 

Ces solutions pratiques devraient vous soulager si vous vous sentez stressé·e·s, oppressé·e·s ou malades à cause de l’hyperconnexion. Cependant, il est important de ne pas rendre l’individu responsable des conséquences négatives qu’ont les smartphones et Internet sur leur santé mentale, et que la société agisse pour en limiter l’impact. Des avancées sont faites en ce sens, par exemple avec la loi El Khomri adoptée le 21 juillet 2016 qui reconnaît le "droit à la déconnexion" dans le cadre du travail. L’objectif est de permettre aux salarié·e·s de séparer vie personnelle et professionnelle, en leur permettant de ne pas être contacté·e·s par leur employeur en dehors du temps de travail.

Les professionnel·le·s de santé doivent aussi être sensibilisé·e·s à la question de l’hyperconnexion. Les auteurs de l’étude de 2019 sur les liens entre dépendance au smartphone et dépression appellent le milieu de la santé à communiquer avec les patients sur les liens entre smartphone et bien-être psychologique.

 

 

Pour aller plus loin

 

 

 

  • Le livre Hyperconnexion de Michaël Stora et Anne Ulpat qui donne des solutions alternatives pour ne plus subir l’omniprésence d’Internet

 

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