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Qu'est-ce que la pair-aidance et pourquoi créer un Ordre des pair-aidant·e·s ?

Illustration: Salomé Sellouk

La pair-aidance est un concept qui prend de l'essor en France. Catherine Brettes et Sabrina Palumbo-Gassner vous expliquent de quoi il s'agit et pourquoi créer un Ordre des pair-aidant·e·s s'avère nécessaire.

 

Nous, Catherine Brettes et Sabrina Palumbo-Gassner, avons rédigé un projet de loi pour la création d’un Ordre des pairs aidants. Dans le texte suivant, nous vous proposons de revenir sur quelques fondements théoriques et d’expliquer le but de notre démarche.

 

Il existe de nombreuses définitions de la pair-aidance. Voici celle que nous proposons et qui a été rédigée avec un ensemble de pairs aidants professionnels ou en voie de professionnalisation :

"Le ou la pair-aidant·e professionnel·le est une personne qui utilise son vécu des troubles psychiques ou addictions (ou encore précarité) et parcours de soins comme base ou comme outil dans sa pratique professionnelle. Il travaille en structure/dispositif de type médico-social ou exerce en libéral et applique les principes de la pair-aidance :

  • partager son vécu ;
  • redonner espoir ;
  • soutenir et responsabiliser ;
  • participer à réduire la stigmatisation

Le ou la pair-aidant·e professionnel·le travaille en collaboration et en complémentarité avec les autres professionnel·le·s de la santé mentale. Lorsqu’il ou elle a d’autres formations proches de la pair-aidance, il ou elle peut utiliser ses compétences en se positionnant en tant que pair·e c’est-à-dire en s’appuyant sur son expérience de vie.

Enfin, le ou la pair-aidant·e professionnel·le dispose du recul nécessaire sur ses propres difficultés lui permettant d’intervenir auprès de ses pair·e·s et de les accompagner."

 

La notion de savoirs expérientiels a été importée des Etats-Unis et du Canada, et est apparue en France dans les années 60. Ces formes de savoirs ont rencontré de nombreuses réticences voire résistances, mais elles se sont peu à peu imposées et sont apparues dans le domaine médical autour des années 80-90. Aujourd’hui il existe même des formations universitaires (ici à Paris-Lille-Marseille, là à Paris et là à Lyon) mais gardons tout de même en tête que le "savoir expérientiel" n’est ni savant, ni académique, ni scientifique ni scolaire. Il est en tout cas utile et de nombreuses études attestent de l’enrichissement des dispositifs en santé mentale par ce nouveau type de connaissances qui n’entre pas en compétition avec le savoir technique et théorique mais qui lui est fortement complémentaire.

 

Il apparaît qu’en 2020 la profession n’est toujours pas organisée. La pair-aidance peine à se structurer et à se fédérer. La difficulté réside d’une part dans le fait que les pairs-aidant·e·s ont du mal à s’entendre sur des définitions, un langage commun, et peut-être d’autre part dans le fait qu’il n’existe pas encore de charte éthique ou de texte qui fixe un ensemble de règles et de valeurs communes. C’est ce sur quoi nous avons proposé de travailler (via les réseaux sociaux) depuis plusieurs mois.

Il est difficile de gagner sa vie en tant que pair-aidant·e. Le libéral fonctionne tant bien que mal grâce au bouche à oreille. Quant au salaire pour les pairs-aidant·e·s salarié·e·s, il est très modeste. Aider à mieux faire reconnaître le métier, c’est à notre sens aider à améliorer les conditions d’exercice sous toutes leurs formes, et sans faire d’ombre à la pair-aidance bénévole dont l’intérêt et l’utilité ne doivent surtout pas être mis de côté. Chacun·e doit rester libre de pratiquer la pair-aidance en accord avec son Être et ses valeurs.

 

Nous avons conscience que le nom "ORDRE" peut effrayer quand on n’est pas rétabli·e ou guéri·e. Nous avons douté, nous aussi. En revanche, quand l’équilibre corps et âme (ou émotions) est bon, que les fluctuations se gèrent en toute humilité et que l’accompagnement du ou de la pair·e est un succès, alors le mot ordre apparaît comme une protection, comme de l’amour de soi et des autres. Un ordre est un gage de sérieux ; le désordre, un gage de mal-être.

C’est en échangeant avec des IDE (Infirmier·e·s Diplômé·e·s d'État) qui expliquaient les difficultés rencontrées par cette noble profession pendant 77 ans, qu’est née cette idée de création d’Ordre. Depuis la création de l’Ordre des infirmier·e·s en 2016 la profession est mieux comprise, mieux rémunérée, même s’il reste beaucoup à faire.

Créer un Ordre des pairs-aidant·e·s, c’est leur permettre d’exister et d’exercer librement sans risque de dérives. C’est une étape vers toujours plus de reconnaissance et pour un changement de paradigme profond initié par l’arrivée de ces métiers émergents.

 

Nous invitons toutes les personnes (pairs-aidant·e·s, professionnel·le·s, bénévoles) qui s’intéressent au projet à signer et soutenir la pétition (laquelle présente le texte de création de l'Ordre, visé par un avocat), puis à rejoindre un groupe de travail/réflexion pour continuer d’avancer ensemble sur ce projet qui marquera à coup sûr une grande avancée pour la profession.

 

Catherine Brettes est coach, pair-aidante, secouriste en santé mentale, ambassadrice du Clubhouse France.

Sabrina Palumbo-Gassner est coach, pair-aidante, secouriste en santé mentale, auteure.

 

 

Aller plus loin

 

  • La vidéo de Sabrina Palumbo-Gassner sur la pair-aidance
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