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Les TCC, kézako ? Tout savoir sur les TCC

Illustration: Salomé Sellouk

Merci à Line Mourey d'avoir répondu à nos questions ! Notre psychologue partenaire a son propre blog, La parenthèse psy, accessible à tou·te·s et bourré de pépites sur la psychologie. Allez vite le découvrir !

 

Insane magazine : TCC veut dire "Thérapies Cognitives et Comportementales". Qui a inventé les TCC, et de quand datent-elles ? J'ai entendu dire qu'il y avait eu plusieurs "vagues"... Où en est-on aujourd'hui ?

 

Line Mourey : Nous ne pouvons pas dire précisément qui a inventé les TCC puisque cette approche thérapeutique est en construction depuis de nombreuses années, voire même depuis l'Antiquité ! En effet, d'après les chercheurs, Hippocrate utilisait déjà quelques techniques particulières aux TCC pour traiter les phobies de son époque.

 

Cependant, nous pouvons dire que le "début officiel" des TCC débute dans les années 20, dans les laboratoires. Il s'agit de la première vague, portée notamment par les béhavioristes Povlov et Skinner (= comportement résultant d'un apprentissage). Les recherches portent sur la notion du conditionnement et de comportements observables.

 

La seconde vague commence quant à elle dans les années 50 et met en lumière l'aspect cognitiviste des TCC grâce aux recherches de Beck et Ellis. Il s'agit cette fois-ci de prendre en considération l'importance de nos pensées dysfonctionnelles, de nos croyances limitantes, les ruminations et leurs conséquences sur notre vie.

 

Par la suite, une troisième vague fait son apparition dans les années 90 grâce à Hayes et met en évidence l'approche émotionnelle.

 

Ces trois vagues ne s'opposent pas, elles se complètent et forment ensemble les TCC. Les TCC ont donc trois composantes : comportementale, cognitive et émotionnelle. Cette approche thérapteutique n'est pas figée puisqu'elle est constamment en évolution. On peut donc parler de TCC (thérapies cognitivo-comportementales) ou TCCE (thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles).

 

Insane magazine : Quel est le principe de base des TCC, l'idée sous-jacente principale ?

 

Line Mourey : Les TCC sont une forme de psychothérapie qui trouvent leur origine dans les expériences scientifiques et les théories des apprentissages. Le principe de base est le fait qu'un comportement inadapté (= générant de la souffrance) est bien souvent le résultat d'un conditionnement présent dans notre quotidien.

 

EXEMPLE (un peu caricatural), la phobie :

 

Un beau jour, vous faites une attaque de panique lors d'un concert.

 

Au prochain concert, par anticipation et appréhension, vous serez à l'affût de vos sensations physiques désagréables cherchant ainsi à contrôler la situation et votre angoisse. ("La dernière fois, je ne me sentais pas bien, et là, comment je me sens ?").

 

Ce comportement de vérification de vos sensations va engendrer un stress et des pensées anxiogènes qui vont l'alimenter ("est-ce que je vais faire une attaque ? Je respire un peu trop vite, là, non? C'est pas normal, mon cœur tape trop fort"). Un sentiment d'inconfort va s'installer.

 

Une fois parti·e du concert, vous vous sentez mieux (puisque vous n'êtes plus à l'affût de vos sensations).

 

Ce sentiment de malaise pendant la situation anxiogène et de soulagement par la suite va venir valider le conditionnement suivant "concert = attaque de panique".

 

Vous allez donc créer un comportement d'évitement de tous les autres concerts.

 

Nous constatons donc ici qu'un comportement inadapté (la fuite des concerts) peut être le résultat d'une mauvaise expérience (ou plusieurs). CQFD !

 

En séance, le ou la thérapeute va donc amener son ou sa patient·e à observer ses comportements, ses pensées et ses émotions et à les questionner. Comment s'est installé ce comportement dysfonctionnel ? Qu'est-ce qui le maintient dans la durée ? Le but de la prise en charge psychothérapeutique sera donc de remplacer le comportement problématique par un nouveau comportement plus adapté et ce, grâce à l'apprentissage. Il sera demandé au ou à la patient·e de se confronter progressivement aux concerts (thérapie comportementale), en modifiant ses pensées anxiogènes parasites et inhibitrices d'action (thérapie cognitive) tout en s'appuyant sur des exercices de relaxation (thérapie émotionnelle). Au final, à la suite de nombreuses expériences, un nouveau comportement verra le jour: "les concerts = c'est pas si dangereux que ça".

 

L'objectif des TCC est donc de cibler les comportements invalidants et de les transformer par des comportements plus adaptés grâce à différentes techniques cognitivo-comportementales et émotionnelles. Ainsi, le ou la patient·e sort du cercle vicieux dans lequel il ou elle était enfermé·e !

 

Insane magazine : À qui s'adressent les TCC, quel type de maux peuvent-elles soulager ?

 

Line Mourey : Les TCC s'adressent à un très large panel de troubles. Cependant la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande fortement les TCC pour :

  • la dépression et autres troubles de l'humeur
  • les troubles anxieux (les phobies, les TOC, trouble panique, stress post traumatique)
  • les comportements addictifs
  • les troubles du comportement alimentaire
  • l'insomnie

 

Les TCC s'adressent aussi bien aux enfants, qu'aux ados, aux adultes ou aux personnes âgées. Globalement, cette approche est pour toute personne ressentant une souffrance, un inconfort et qui est suffisamment motivée pour s'impliquer dans sa thérapie. En effet, la motivation au changement est le moteur principal de cette thérapie.

 

Insane magazine : À quoi ressemble une séance de TCC typique ?

 

Line Mourey : Il est difficile de répondre à cette question tant le contenu des séances varie selon le trouble et si nous sommes en début de prise en charge, au milieu ou à la fin. Mais essayons de faire un rapide résumé !

 

Lors des premières rencontres, le ou la thérapeute tente de recueillir un maximum d'informations sur l'histoire de vie du ou de la patient·e et sur ses difficultés. Ce travail d'enquête et de compréhension du problème se base sur le dialogue, la passation d'échelle et de questionnaires pour l'évaluation du trouble et sur la collaboration psy-patient·e. En effet, le ou la psy est l'expert de sa pratique, le ou la patient·e expert·e de ses difficultés, ils ou elles formeront une équipe tout au long de la prise en charge.

 

Une fois un trouble psychique mis en évidence, le ou la thérapeute explique son diagnostic au ou à la patient·e, ce qui lui permettra de mieux comprendre ce qu'il lui arrive et de lui redonner un sentiment de contrôle de la situation. Par la suite, en fonction de la problématique à traiter, psy et patient·e vont définir ensemble les objectifs de la thérapie et d'un plan thérapeutique à suivre.

 

En séance, le ou la psy va utiliser différentes techniques d'entretien (questionnement socratique, entretien motivationnel, psychoéducation, biais cognitif, etc.) et d'exercices pratiques (colonnes de Beck, analyse fonctionnelle, jeu de rôle, exposition par imagination, désensibilisation, relaxation, etc.) afin d'accompagner le ou la patient·e dans ses objectifs. Entre les séances, des tâches simples et réalisables seront aussi fixées et réévalués en consultation. Ainsi donc, par le biais d'exercices comportementaux, cognitifs et émotionnels, le ou la patient·e va pouvoir transformer des comportements dysfonctionnels en comportements adaptés.

 

Insane magazine : J'ai entendu dire qu'il y avait du travail en-dehors des séances. Ça prend beaucoup de temps, de faire des TCC ?

 

Line Mourey : Une thérapie TCC demande la participation active du ou de la patient·e tout au long de la prise en charge, sans quoi son efficacité est considérablement réduite. Cela signifie que le ou la patient·e doit être prêt·e à investir de son temps et de son énergie pour acter un changement durable. C'est une thérapie qui "engage" puisqu'effectivement, il est demandé de réaliser des "tâches" en séance et entre les séances.

 

Selon votre problématique, il peut être demandé par exemple de réaliser des exercices comportementaux (la réalisation d'une action par ex.), des exercices cognitifs (restructurer ses pensées par ex.), des exercices corporels (la relaxation par ex.) ou encore des exercices émotionnels (gestion des émotions par ex.). Cela prendra quelques minutes dans votre journée mais il est important de le faire consciencieusement. Votre thérapeute reprendra d'ailleurs avec vous lors de la séance suivante les exercices réalisés à la maison et vous ferez ensemble un point.

 

Insane magazine : Quelles sont les différences entre les TCC et d'autres thérapies ? Peut-on les comparer ? Comment savoir si les TCC sont adaptées à mon cas ?

 

Line Mourey : Les TCC se distinguent des autres formes de thérapies essentiellement pour leur durée. Elles sont en effet qualifiées de "thérapies brèves". Cela signifie que la prise en charge d'un trouble peut prendre quelques semaines à plusieurs mois. Mais il n'est pas rare de prolonger la durée de la thérapie selon l'intensité des troubles, leur ancienneté et le rythme du ou de la patient·e.

 

Une thérapie TCC propose également des exercices pratiques destinés à aider le ou la patient·e, ce qui n'est pas forcément le cas des autres approches. Cette forme de thérapie guide le ou la patient·e et le ou la rend progressivement autonome face à ses troubles. Équipé·e par les exercices vus en séance, il ou elle saura faire face aux manifestations de ses troubles et trouver un apaisement sans la présence de son ou de sa psy.

 

Insane magazine : Y a-t-il un quelconque inconvénient avec les TCC, sont-elles contre-indiquées dans un cas ou un autre ?

 

Line Mourey : Sur le papier, entreprendre une thérapie TCC peut sembler être LA solution mais attention !

 

Bien que les thérapies TCC soient brèves, elles ne sont pas magiques pour autant. Ne vous attendez pas à un changement immédiat si vos difficultés sont installées depuis quelques temps.

 

De plus, cette approche ne convient pas si vous ressentez le besoin de parler longuement, de revisiter de fond en comble votre histoire personnelle ou si votre problème est indéfini. En effet, les TCC ciblent un problème concret, objectivable.

 

Et pour finir, les TCC demandent une réelle implication et une grande motivation. Si vous ne vous sentez pas encore prêt·€ à changer, les TCC ne pourront pas tout à fait vous convenir sur le moment. Il sera alors intéressant de questionner vos motivations et vos résistances avant d'entamer un travail de psychothérapie TCC.

 

Insane magazine : Que faut-il faire comme études en tant que thérapeute pour pratiquer les TCC ?

 

Line Mourey : Au niveau des études, vous pouvez vous diriger vers un·e psychologue qui a fait un Master TCC (bac+5) ou un·€ psychologue qui a fait une formation supplémentaire (un Diplôme Universitaire par exemple) en TCC à la suite de ses études (bac+5 et formation en TCC). Ce qui est d'ailleurs mon cas ! Je suis psychologue clinicienne d'orientation analytique et je me forme depuis un an maintenant aux TCC grâce à l'AFTTC (formation de 3 ans). Les formations dispensées par l'AFTTC sont reconnues par l'Etat.

 

Insane magazine : Comment faire pour trouver un·e thérapeute TCC ?

 

Line Mourey : Pour trouver un·e psy TCC près de chez vous, vous pouvez :

  • Vous renseigner sur leurs parcours et leurs formations en visitant leurs sites internet ou leurs profils LinkedIn. Je vous conseille toujours de vous diriger vers des psychologues ou des psychiatres, leurs formations sont sécurisées.
  • Vous renseigner sur le site de l'AFTCC qui recense une bonne partie des professionnel·le·s formé·e·s en TCC ou encore le site de l'IRCCADE ou celui de l'IFFORTHECC. Par exemple, en Côte d'Or, il existe le site de l'APTCCB qui recense les psys formé·e·s aux TCC sur Dijon et alentours.
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